OÙ MAINTENANT
//Installation sonore, 2009, production Lab Labanque, Artois Comm, DRAC Nord-Pas-Calais (Aide à la Création).
Plusieurs centaines d’enveloppes sont fixées sur un mur. Elles sont visibles du côté du rabat qui sert à leur fermeture. Globalement l’installation est conçue au format d’une grande enveloppe.
Aucune trace n’est visible sur ces enveloppes. Pas d’indication sur un expéditeur éventuel, aucune marque du temps n’est venu abîmer, jaunir les pochettes en papier. Elles sont neuves, n’ont jamais été scellées, envoyées. Leurs rabats sont plus ou moins ouverts.
On pourrait y glisser un message.
Chaque enveloppe a été transformée en membrane de haut-parleur et vibre au rythme de courtes bandes sonores.
Les bandes sonores sont constituées de voix de synthèse entièrement modélisées et générées à l’aide de logiciels informatiques. Elles retranscrivent le texte écrit de milliers de SMS sous forme de suites de phonèmes.
Les enveloppes sont accumulées et juxtaposées. Chacune d’entre elles devient un pictogramme.
Elles font penser à la petite icône qui sert à signaler le lieu de stockage des messages sur Internet ou sur les téléphones portables.
Au premier abord le spectateur entend une légère rumeur.
En fermant le rabat de l’enveloppe il amplifie la bande sonore. Plus le rabat est fermé plus le niveau sonore est élevé.
Le papier vibre, frémit sous ses doigts ; une légère source de chaleur se diffuse.
On peut donc considérer que les pochettes en papier enveloppent la voix de messagers.

Les enveloppes sont les peaux des voix.
Si le spectateur ouvre l’enveloppe le son disparaît.
Les thèmes abordés par les utilisateurs de SMS sont très souvent liés à des problématiques de l’instant. Des rendez-vous pris ou ratés, des localisations, des retards, des secrets, des plaisanteries, des révélations … sont échangés par dizaines de milliers chaque minute. Des moments heureux ou tristes, légers ou graves. Ces messages nous font penser à certains papillons qui périssent quasiment immédiatement après leur apparition. Des pensées furtives, des émotions fugaces, de brefs éclats.
L’installation fait dialoguer entre eux ces moments fugaces.
Ces voix, toujours constantes sont l’écho des rumeurs du monde.
Parfois les voix commettent des erreurs de traduction. L’utilisateur du SMS – texte brut, rarement relu par son expéditeur – se sert d’une écriture codifiée. Il écrit phonétiquement, avec de nombreuses abréviations ou au contraire étire un mot, insère des icônes, des symboles d’émotions, ou use de manière inédite de la ponctuation… Parfois le ton utilisé n’est pas approprié au sens du message.
Ces voix ne sont pas tout à fait humaines, on hésite est-ce une machine ? Il s’agit d’un simulacre. Ces voix ne vont pas vieillir, se transformer dans le temps. Elles sont, elles aussi, sans histoire, sans passé, suspendue dans un présent perpétuel.
Car c’est bien d’un questionnement sur le temps qu’il s’agit avec cette installation. D’un temps immobilisé, où se succèdent de vifs moments à la fois précieux et fragiles.
Cependant la surface blanche des enveloppes se recouvre au fur et à mesure des expositions de traces de doigts. Les manipulations des spectateurs marquent l'installation dans le temps.
Cette installation veut créer un appareil d’écoute unique, un espace de résonance qui, comme la maison de Fama décrite par Ovide dans le douzième livre des Métamorphoses « tout entière, vibre, renvoie les paroles et répète ce qu’elle entend ; à l’intérieur pas un coin où règnent le calme et le silence ».
*Photographies : (haut) Jean Coudsi, (bas) Marc Domage
