
Boustrophédon
// Installation sonore, 2010, avec le soutien du théâtre Le Grand Bleu (Lille), préfecture et Drac Nord-Pas-De-Calais dans le cadre du Fonds d’intégration Républicain par la Culture (FIRC), théâtre de l’Aventure (Hem) et de l’Atelier Electrique (Tourcoing).
Contexte de création
Cléa Coudsi et Eric Herbin ont récupéré des centaines de briques issues de trois quartiers de l’agglomération lilloise au coeur des grandes mutations économiques et sociales depuis le 19ème siècle et aujourd’hui confrontés à différents projets de réhabilitation. En parallèle, les artistes ont recueilli la parole de dizaines d’habitants et d’acteurs locaux.
Boustrophédon, installation sonore
Les briques sont disposées de manière à dessiner un cercle. Chaque brique repose sur un axe motorisé qui tourne sur lui même. Parfois les briques tournent dans un sens, parfois dans l’autre. Il arrive qu’une ou plusieurs briques s’immobilisent.
Au-dessus du cercle de briques, un haut parleur émet une bande
sonore : paroles d’habitants, d’architectes, d’ouvriers en bâtiment et sons d’ambiance récoltés dans les trois quartiers. Le haut-parleur est lui aussi en mouvement et ce dernier dessine une spirale au dessus des briques.
Une tête de disque dur informatique est fixée sur le haut-parleur. Les bandes sonores traduites en langage binaire lui sont transmises sous forme d’impulsions électriques. C’est le son qui commande le mouvement de gravure et d’écriture sur la brique.
Le stylet frotte la surface des briques. Il frappe, tente de creuser les blocs de terre cuite. Il essaie de graver la bande sonore, de transformer les briques en poussières. Ces traces sont des relevés « sismographiques » des quartiers : il ne s’agit pas de transcrire sur des objets les mouvements naturels des plaques terrestres mais d’inscrire sur de la terre cuite les tremblements, les vibrations, les secousses des voix. Ces voix d’hommes et de femmes relatent des histoires de constructions, de rénovations, de destructions, de décorations - tels les bâtisseurs assyriens qui autrefois plaçaient sous les édifices des récit de construction afin d’assurer la transmission des détails de construction après même que le temps ait fait son œuvre. Sur chaque brique de l’installation est ainsi gravé un fragment de la bande sonore. L’aiguille repasse à plusieurs reprises au même endroit, les briques tournent dans un sens ou dans l’autre.
Les tracés sonores, les histoires se superposent, s’accumulent, bifurquent se recroisent sans cesse. Mais ici c’est la parole et son «bredouillement» (Barthes) qui sont gravés à jamais. Une écriture du temps. Les technologies actuelles et la brique, matériau de construction traditionnel se mélangent. Les voix, les histoires transforment en directe les briques. Les briques tournent sur elles-même, le mouvement du stylet trace une spirale, tout cela ressemble à de la mécanique d’horloger. Le temps se donne à voir dans des mouvements et des révolutions.
